LE TOUR D'UNE ÎLE GRECQUE EN FLOTTILLE
- Par Anne Bussy
Une mer bleu roi, un fond de l’air bien frais. Trois catamarans amarrés sur les pontons de la fourmillante marina de Gouvia, loués par le CCS, attendent leurs vingt-deux locataires et avitaillements respectifs le samedi 9 mai 2026. Les membres, tous romands, puisque c’est une croisière de la section lémanique, optent au supermarché pour des produits grecs: feta, olives, ouzo, tzatziki et déjà des tomates bien rouges. Mais aussi des bananes. Chaque équipage consulte sa liste de courses et, sans voiture, achemine à dos de caddie emprunté au magasin les vivres pour la semaine. Le soir, à terre autour d’une grande table au restaurant proche de la marina, les trois skippers attitrés (Yves Groux sur un Lagoon 40 assisté de Philippe, Bernard sur un Bali 39 avec comme second Nicole, et Andrea sur un Lagoon 39, avec Sylvie comme second maître de bord) annoncent que le tour de Corfou commencera par le sud. Le vent s’annonce stable pour le jour 3, ce qui permettra de remonter l’île en une journée bien tassée. Chaque capitaine décide seul de ses journées. La flottille se réunira pour les nuitées.
Très diversement équipés, les bateaux permettent, pour certains, de connaître l’orientation du vent grâce à la girouette et la sonde, et pour d’autres, de connaître sur un bel écran leur route de fond en temps réel. Les équipages sans informatique s’adaptent aisément, car d’île en île, entre la côte albanaise et la grande Kerkyra (Corfou en grec) et les îles du nord et du sud, on navigue à vue. En navigation, à sept ou huit croisiéristes par embarcation, le travail des équipiers est plus ponctuel que soutenu. L’esprit d’équipe opère lors des largages et amarrages.
La baignade en eaux souvent turquoise, bien que fraîches, se pratique à chaque mouillage, donc deux à trois fois par jour pour les plus aquatiques d’entre nous.
Lors des apéritifs dans les mouillages, on s’entasse à vingt sur l’une des trois embarcations; des instants délicieux en tous points, appréciés de presque tous les participants. Une semaine fort gastronomique, car certains cuisiniers de bord mettent la barre très haut. Les apéros en témoignent, et les fumets de cuisine qui les parfument aussi. Les équipages aiment aussi les soirées à terre pour profiter de manger local dans des restaurants grecs.
Après une nuitée dans Monastery Bay, un jour peu venté permet à chacun des équipiers d’exercer le MOB (humain à la mer) en repéchant à la gaffe un pare-battage. Manœuvre prescrite au moteur, sécurité «first». Même en mai, la baie peu abritée de Lakka, village touristique, truffée de bateaux à l’ancre, impose à notre Lagoon un mouillage plus technique, effectué grâce à un éclaireur en dinghy, pour ancrer et amarrer la poupe aux rochers côtiers. Jour 3, le vent du sud nous emporte au nord de Corfou, en longeant l’île par l’est. Magnifique remontée de 10 h, au portant, avec un ris pris, imposé par la fiche technique du navire. Avec leurs deux coques, les catas n’ont que rarement pu dépasser la vitesse de 6 nœuds. Naviguer au près — ce sera notre cas pour revenir à Gouvia — est possible. Mais il faut une belle patience, car l’angle au vent est de 40° en route fond.
Au nord de Corfou, nous recevons la visite de trois dauphins. À Érikoussa, un amarrage à quai et une découverte d’un village presque désert pourvu d’un port gigantesque nous étonnent. Notre mouillage le plus sauvage, aux lumières du couchant sur Corfou, devant une plage vierge, non loin de Kassiopi, nous laissera un souvenir magique. Cette semaine ionienne s’avère enchantée, sans anicroche, frisant l’harmonie totale. Les 160 milles nautiques parcourus seront même inscrits dans un carnet de milles en vue d’un permis hauturier.